Jicho la Kivu
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Dans les zones occupées par le M23 : les femmes ne sont plus des humains, elles sont des proies

JJicholaKivu10 mars 20263 min de lecture0 vues
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Dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, l’occupation par les rebelles de l’AFC/M23, soutenus par les Forces de défense rwandaises (RDF), a transformé la vie des femmes en un calvaire quotidien

Dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, l’occupation par les rebelles de l’AFC/M23, soutenus par les Forces de défense rwandaises (RDF), a transformé la vie des femmes en un calvaire quotidien.
  • Loin d’apporter la stabilité promise, cette présence armée a érodé leur dignité, leur sécurité et leur honneur, les exposant à des violences systématiques qui les déshumanisent et brisent les fondements mêmes de leurs communautés.
Depuis la prise de Goma en janvier 2025 et l’expansion vers Bukavu et d’autres zones du Sud-Kivu, les rapports des organisations internationales – ONU, Human Rights Watch (HRW), Médecins Sans Frontières (MSF) – dressent un tableau alarmant. Les violences sexuelles, utilisées comme arme de guerre, ont explosé. En 2024 déjà, MSF avait traité près de 40 000 survivantes de violences sexuelles dans le Nord-Kivu, un record historique. Cette tendance s’est aggravée en 2025 et 2026 : le Bureau conjoint des Nations Unies aux droits de l’homme (BCNUDH) a recensé plus de 1 534 victimes en 2025, dont 854 femmes et 672 filles, avec des cas de viols collectifs, d’esclavage sexuel prolongé et d’agressions lors de perquisitions domiciliaires ou de détentions arbitraires. Les femmes ne sont plus honorées : elles sont ciblées pour terroriser les populations. Des témoignages recueillis par HRW et l’ONU décrivent des combattants M23 entrant de force dans les maisons, violant des femmes devant leurs familles, ou enlevant des filles pour en faire des « épouses » forcées. Dans les zones occupées, les survivantes affrontent l’impunité totale : absence de justice, stigmatisation communautaire accrue et manque cruel de soins. Les kits post-viol (prévention du VIH, contraception d’urgence) sont souvent indisponibles en raison des pillages de centres de santé et des restrictions humanitaires. Les déplacements forcés massifs aggravent cette déshumanisation. Des centaines de milliers de femmes, souvent devenues chefs de ménage après la perte de conjoints ou de fils tués ou enrôlés de force, fuient vers des camps surpeuplés ou des forêts. Là, les risques de viols par des combattants, des inconnus ou même par survie (échanges sexuels contre nourriture) explosent. HRW rapporte que les camps autour de Goma ont été démantelés de force par le M23, forçant les déplacées à errer sans protection. Les femmes perdent leurs moyens de subsistance : champs pillés, commerce paralysé, famine menaçante. L’honneur des femmes est piétiné de multiples façons : exécutions sommaires de maris ou de frères devant elles, torture psychologique, recrutement forcé de filles mineures, menaces contre les défenseures des droits humains (enlèvements, tentatives d’assassinat, violences sexuelles ciblées). Les experts de l’ONU ont condamné en 2026 les violences extrêmes du M23 contre celles qui documentent les abus ou soutiennent leurs communautés. Cette occupation n’apporte ni paix ni respect. Au contraire, elle institutionnalise la peur et la dégradation. Les femmes, piliers traditionnels des familles et de l’économie locale, sont réduites à des objets de guerre. En ce mois de mars, consacré aux droits des femmes, le contraste est saisissant. Alors que le monde célèbre la force et la résilience féminine, les femmes du Nord et Sud-Kivu vivent dans la peur permanente. Les appels internationaux – cessez-le-feu immédiat, accès humanitaire sans entrave, justice pour les survivantes, sanctions contre les soutiens extérieurs – restent lettre morte face à l’impunité. Restaurer leur dignité exige la fin de l’occupation, la protection effective des civils et un soutien massif aux survivantes. Sans cela, la crise humanitaire se mue en catastrophe générationnelle pour les femmes du Nord et Sud-Kivu. Jean-claude Kihama
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À propos de l'auteur

JicholaKivu

Journaliste à Jicho la Kivu

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