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RDC : de 15 millions à moins de 10 000 FC par mois, le choc salarial entre Kinshasa et les zones sous M23-RDF
JJicholaKivu9 avril 20264 min de lecture0 vues
Dans l’Est de la République démocratique du Congo, le contraste entre les rémunérations versées par l’État congolais et celles observées dans les zones sous contrôle de la coalition rebelle M23-AFC ap
Dans l’Est de la République démocratique du Congo, le contraste entre les rémunérations versées par l’État congolais et celles observées dans les zones sous contrôle de la coalition rebelle M23-AFC apparaît de plus en plus frappant. Derrière l’installation d’une administration parallèle à Goma et Bukavu, les données recueillies auprès de sources locales révèlent un déséquilibre profond, au détriment des agents publics opérant sous contrôle rebelle depuis plus d’un an.
Dans l’administration officielle congolaise, notamment au sein des régies financières comme la Direction générale des impôts (DGI), d’après plusieurs documents financiers consultés par Jicho la Kivu et des témoignages des agents des services publics, les salaires mensuels varient selon les grades. Les mieux rémunérés perçoivent entre 10 et 15 millions de francs congolais, les agents intermédiaires entre 5 et 10 millions, tandis que les plus modestes touchent entre 2 et 4 millions de francs congolais.
À l’inverse, dans les territoires contrôlés par le M23-AFC, plusieurs agents affirment n’avoir reçu qu’un montant global de 125 000 francs congolais pour une période de 14 mois de travail. Cela correspond à 8 928,5 francs congolais, soit moins de 5 dollars américains par mois. Un niveau de rémunération sans commune mesure avec celui pratiqué par l’État congolais, dans un contexte pourtant marqué par une forte inflation et un coût de la vie élevé dans les centres urbains de l’Est.
Ce différentiel s’inscrit dans un système économique particulier mis en place par la rébellion. Dès leur prise de contrôle, les autorités rebelles ont instauré une administration parallèle axée sur la mobilisation intensive des recettes. Marchés, axes routiers, ports et surtout sites miniers sont soumis à une taxation multiple et régulière. Commerçants, transporteurs et exploitants miniers décrivent un environnement marqué par la contrainte, où le refus de s’acquitter des taxes expose à des sanctions brutales, allant de la confiscation de biens, des violences physiques ou même à la mort.
Selon plusieurs rapports d’experts des Nations unies, l’exploitation des ressources naturelles notamment l’or, le coltan et la cassitérite constitue une source majeure de financement pour la coalition rebelle. Ces activités ont contribué à une augmentation significative des flux financiers bénéficiant directement à l’économie rwandaise.
Malgré ces revenus en hausse, les agents affectés à la collecte et à la gestion de ces ressources décrivent des conditions de vie précaires. Ils assurent le fonctionnement quotidien de cette administration parallèle, souvent sous supervision armée, mais sans contrepartie salariale proportionnelle. Plusieurs témoignages évoquent une hiérarchisation interne, où les postes de responsabilité et les avantages seraient concentrés entre les mains d’éléments proches du pouvoir militaire, tandis que les agents congolais sont relégués à des tâches d’exécution.
« Nous travaillons comme des machines, sans percevoir le moindre salaire. Ce n’est qu’au mois de décembre que chacun d’entre nous a reçu la somme dérisoire de 125 000 francs congolais, après quatorze longs mois d’attente. Une rémunération aussi insignifiante ne permet même pas de joindre les deux bouts du mois. Pendant ce temps, ceux qui sont proches du Rwanda bénéficient d’un traitement de faveur, creusant davantage le sentiment d’injustice et d’abandon parmi nous », a expliqué un agent sous administration rebelle qui s’est confié à Jicho la Kivu.Pris en étau entre la pression hiérarchique et la misère économique, certains agents font recours à des pratiques de survie, notamment le détournement de faibles montants. Une stratégie risquée dans une administration rebelle. Plusieurs cas d’arrestations, de détentions arbitraires et de torture ont été rapportés voir même des assassinats. D’autres agents, craignant pour leur vie, ont choisi de fuir, abandonnant leurs postes et parfois leurs familles. Au-delà des chiffres, cette situation illustre un modèle économique de guerre dans lequel la captation des ressources prime sur la redistribution. Dans le même temps, les indicateurs macroéconomiques du Rwanda montrent une trajectoire inverse, marquée par une croissance budgétaire soutenue depuis l’intensification du conflit à l’Est de la RDC et la prise de villes stratégiques comme Goma et Bukavu. En 2024, le budget rwandais s’élevait à environ 5,69 trillions de francs rwandais (près de 4,4 milliards de dollars), déjà en hausse de 11 % par rapport à l’exercice précédent. Un an plus tard, pour l’exercice 2025-2026, ce budget atteint 7,032 trillions de francs rwandais (environ 4,88 milliards de dollars), soit une augmentation d’environ 1,2 trillion de francs rwandais. Cela représente une progression de plus de 21 % en une seule année, confirmant une expansion rapide des capacités financières de Kigali alors que la population congolaise utilisée par ce régime croupie dans la misère. Jean claude Kihama
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À propos de l'auteur
JicholaKivu
Journaliste à Jicho la Kivu
