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Washington : Sous couvert d’humanitaire, Mahoro Peace relaye l’agenda du Rwanda
JJicho La Kivu11 avril 20262 min de lecture0 vues
À Washington, la façade humanitaire se fissure pour laisser apparaître les rouages d’une mécanique bien rodée. Derrière les slogans de paix et les appels à la protection des minorités, la Mahoro Peace
À Washington, la façade humanitaire se fissure pour laisser apparaître les rouages d’une mécanique bien rodée. Derrière les slogans de paix et les appels à la protection des minorités, la Mahoro Peace Association agit comme une vitrine diplomatique dont les reflets renvoient directement à Kigali. À l’image d’un miroir sans tain, l’organisation donne à voir une cause humanitaire en surface, tout en dissimulant, côté obscur, des dynamiques de financement et d’influence étroitement liées à l’agenda rwandais dans l’est de la RDC.
Le communiqué publié le 9 avril 2026 par la Mahoro Peace Association et Isoko_USA, annonçant une manifestation à Washington pour dénoncer un prétendu génocide visant les Banyamulenge et les Tutsi, s’inscrit dans cette logique. Le vocabulaire employé, alarmiste et univoque, contraste avec les conclusions d’enquêtes indépendantes, notamment celles d’Africa Intelligence et des services de sécurité américains, qui décrivent plutôt un réseau structuré de collecte de fonds destiné à soutenir des groupes armés opérant dans les hauts plateaux du Sud-Kivu et au Nord-Kivu.
Dans cette architecture, la Mahoro Peace Association apparaît comme un relais stratégique. Selon plusieurs sources concordantes, des fonds récoltés au sein de la diaspora auraient transité par ses circuits pour alimenter des milices affiliées à la communauté Banyamulenge, mais aussi des mouvements rebelles tels que le M23. Une dynamique qui, loin de relever de l’action humanitaire, s’apparente davantage à une extension indirecte des opérations menées par l’armée rwandaise, la Rwanda Defence Force, régulièrement accusée de soutenir ces groupes sur le terrain.
Ce jeu de miroirs se double d’un silence révélateur. Alors que les organisations dénoncent avec insistance des exactions imputées aux autorités congolaises, elles restent muettes face aux violations documentées par les experts de l’Organisation des Nations unies, qui pointent du doigt les exécutions sommaires, les déplacements forcés et les violences perpétrées par le M23 et les forces rwandaises. Ce déséquilibre dans le discours alimente les soupçons d’une communication orientée, où l’indignation sélective devient un outil politique.
Même au sein de la diaspora banyamulenge, cette posture est de plus en plus contestée. Lors d’échanges récents avec le porte-parole du gouvernement congolais, Patrick Muyaya, plusieurs membres de la communauté ont dénoncé une instrumentalisation de leur identité par des structures opérant à l’étranger, affirmant leur attachement à la souveraineté congolaise et leur rejet de toute ingérence.
Ainsi, la Mahoro Peace Association fonctionne moins comme une organisation humanitaire que comme une interface d’influence, où la cause des Banyamulenge sert de levier narratif à une stratégie régionale plus large. À Washington, la scène semble bien éloignée des collines du Kivu, mais les fils tirés dans les coulisses dessinent une continuité troublante : celle d’une guerre qui ne se joue pas seulement sur le terrain militaire, mais aussi dans les sphères feutrées de la communication internationale.
Ilunga Miguel
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À propos de l'auteur
Jicho La Kivu
Journaliste à Jicho la Kivu
